28 mars 2005
Je viens de vivre deux journées qui m'ont paru très longues. J'étais immobilisée par un terrible mal de dos dans la région lombaire. Avant hier, je ne pouvais plus marcher tellement c'était douloureux. La souffrance accaparait tout mon temps et mon espace.
Durant ce temps-là, je me sentais coupable de ne pas pouvoir écrire, de ne pas pouvoir me concentrer sur autre chose que ce mal physique qui atteignait aussi mon moral. Même lire devenait une corvée. Impossible. Allongée sur ma causeuse, tout en m'évertuant à chercher et rechercher sans cesse une meilleure position pour atténuer la douleur aiguë, je distinguais devant moi sur la table du salon mon livre de Guillevic et mon petit cahier de notes. Je les contemplais en relatant tout ce que je désirais exprimer qui découlait du domaine duquel je m'inspirais, me répétant avec regret que tout cela sera perdu au moment où je pourrai me remettre à écrire. Cette désolation me faisait souffrir... mais jamais autant que mon mal de dos.
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J'ai souvent l'impression de penser mieux qu'écrire.
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Très tard hier soir, je me suis souvenue du Journal de la création de Nancy Huston que j'avais lu dernièrement. Le souvenir de sa « figidité » me hantait malgré que mon mal était de loin différent du sien. Concrètement. Elle ne sentait rien et se sentait bien. La chair de ses membres inférieurs était « de bois » et sa « bonne humeur devenait de plus en plus évidente ». Bien plus encore, car elle affirme : « À dire vrai, je jubilais. »
Alors que moi, je sentais une douleur lancinante qui m'envahissait au point de n'avoir d'autre choix que celui d'immobiliser complètement le bas de mon corps. Mes pensées poursuivaient un quelconque travail de réflexion sans que je réussisse à obtenir la capacité d'écrire puisque la sensation physique intolérable que j'éprouvais en mouvement me forçait à utiliser mes forces restantes, celles de mes membres supérieurs, pour rendre la douleur le plus tolérable possible.
Non ! je n'allais pas bien et je me posais toutes sortes de questions sur mon mal et mon moral. Mon esprit continuait à travailler, à analyser, à sonder tous les liens avec mon vécu présent, l'écriture de mon journal de lecture et l'exercice de recréation que je voulais accomplir.
© Lucie Delarosbil, 2021
Sources : Eugène Guillevic et Nancy Huston.