29 mars 2005
Après une lecture de mon journal, jusqu'à maintenant, je ne peux m'empêcher de faire un lien entre l'étang de Guillevic et mon frère Yvan. C'est une façon pour moi de recréer ses textes en les inscrivant dans mon vécu par ma perception du vécu d'Yvan.
Mon frère était un être assez silencieux, d' « un silence / couleur de l'étang » : sombre et brillant, calme et paisible. Un peu comme le silence et la couleur de la nuit en nature. En outre, il écoutait de manière attentive et intègre. On aurait pu se permettre de lui demander sans hésiter : « Emmène-moi / jusqu'à l'étang // je parlerai. »
De même, on sentait son grand coeur, car il pouvait facilement « accueillir // comme les portes / comme l'étang », comme une oreille généreuse qui se tend et se prête à la parole de l'autre. Lorsqu'il répondait à une question, c'était souvent par un oui ou par un non. Parfois en riant, si on insistait en lui disant oui quoi ou non quoi. Il était tellement silencieux que j'en suis venue à me convaincre un jour qu'il fallait « aller / jusqu'à l'étang // essayer cette fois / de ne pas / l'interroger », seulement écouter son silence pour entendre la voix de son âme.
Quand il parlait, sans jamais élever la voix, on savait que « l'étang / n'éclatera pas », qu'il disait ce qu'il avait à dire. Rien de plus ! Cependant, il souriait beaucoup, on le voyait dans son regard, et l'on sentait qu'il aimait rire, d'un rire franc et spontané. Probablement comme tout le reste.
« L'étang / n'est peut-être pas / de ceux qui se masquent. »
© Lucie Delarosbil, 2021
Source : Guillevic