23 mars 2005
Aujourd'hui, dans Les mots à découvert de Jean-Noël Pontbriand, un bref passage me pousse à réfléchir sur mon cheminement vers la recréation poétique que j'entreprends (ou que je veux entreprendre car je ne suis pas encore sûre de m'être engagée sur un chemin propice). Voici la citation : « Il est certain que chaque écrivain inscrit son texte dans son vécu. Autrement il écrirait à partir de quoi ? »
Cela me rappelle ce que j'écrivais hier au sujet de la froideur émotive que je perçois dans les premiers poèmes de Du domaine, à savoir si je n'inscrivais pas mon vécu dans mon texte (ou mon interprétation ou ma perception du texte) plutôt que l'inverse. Je me sens accrochée à cette nuance car j'ai l'impression que toute la différence entre le personnel et l'individuel d'un texte s'y cache subtilement.
De même, les sensations que j'éprouve en ce moment par rapport à mon vécu présent (le deuil du suicide de mon frère) seraient la suite d'une sorte de léthargie qui s'était insidieusement installée en moi et qui s'est amplifiée au point de me (faire) sentir (peut-être) froidement émotive. La question qui m'obsède ici est : Vraiment, est-ce que je perçois le texte de Guillevic ainsi parce que je suis ainsi, ou bien est-ce que je le perçois ainsi parce qu'il est ainsi ?
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Je reviens au texte de Guillevic en gardant, pour commencer, mes yeux grand ouverts sur un thème qui symbolise soit la pureté, soit la fertilité, soit la sagesse. Il s'agit de l'eau qui est nommée de façon très diversifiée dans ce recueil : l'étang, la mer, l'océan, la source, le ruisseau, le puits, la pluie, la fontaine, le confluent, l'aval, la rosée... et l'eau tout simplement. Je vais tenter de raconter ce que certaines de ces eaux évoquent pour moi selon leur état et leur apparence dans la nature du domaine. Il est fort possible que je dévie de ce thème. Parfois vers d'autres éléments naturels comme l'air et la terre. Parfois vers des choses immatérielles comme le temps, le silence et la lumière. Parfois vers des êtres et des choses en mouvement ou immobiles comme les arbres, les oiseaux, les grottes, les rochers et les montagnes. Une multitude d'êtres et d'éléments de la nature caractérise le domaine de la conscience de Guillevic.
24 mars 2005
Une idée me taraude : regarder le dehors et voir le dedans.
© Lucie Delarosbil, 2021
Sources : Jean-Noël Pontbriand et Eugène Guillevic.