30 mars 2005

Publié le par Lucie Delarosbil

Un jour, une grande souffrance a commencé à transformer insidieusement tous ces états chez lui. Je précise et j'ajoute : tous ses états et leurs apparences. A-t-il été trop masqué par « l'ombre dans l'étang / malgré le soleil » ? A-t-il été trop tourmenté par le chagrin et la solitude, « assailli / par le nuage » et la déréliction ?

Des paroles de Guillevic, qui me semblaient déjà très significatives et révélatrices avant le suicide d'Yvan, se répètent sans cesse dans ma tête : « Ceux du domaine / ne craignent pas tellement / la déréliction » et « méfiez-vous // les apparences / peuvent être vraies ».

***

L'étang ne dévoilera plus, comme il prédisait, que « tout se réglera ». Il ne pourra pas revoir « l'oeil / dans la tourterelle » qui n'était plus venue pour lui. Il ne pourra donc pas voir l'amour dans l'air qui, depuis trop longtemps, demeurait loin de la fertilité de « l'eau / dans l'étang ». D'apparence calme, au fond, cette eau était devenue trouble.

« L'eau dans l'étang / jamais surprise / en flagrant délit. »

***

Lorsque je me rends compte, avec le temps et ma lecture de Guillevic, que « ne réussit pas qui veut / à trouver l'étang », j'essaie d'imaginer les rêves de mon frère avant qu'il ne meure, qui n'étaient sans doute plus « les rêves de l'étang », ceux que « certains rêvent », puisqu'il s'était noyé depuis longtemps dans son étang, cette partie essentielle de son Être, de son domaine à lui.

Alors, je crois, les rêves n'existaient plus pour lui. Rien ne s'est réglé et il s'est éclaté à l'extérieur avec toute la force de ses éclats intérieurs.

« Ce n'est rien / c'est l'étang // qui cette fois / dort pour de bon. »

Pour de bon : pour le meilleur et pour toujours.

© Lucie Delarosbil, 2021

Source : Guillevic

Publié dans Journal, Lecture

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