13 avril 2005

Publié le par Lucie Delarosbil

Avec Heidegger, en plus d'apprendre la difficulté que peut mener une lecture même attentive, j'ai aussi appris les controverses qui sévissent sur le compte de cet auteur. Ce qui m'a amenée, pour tenter de mieux le comprendre, à consulter et parcourir quelques livres et m'en tenir à ceux-ci : L'oubli de l'air chez Martin Heidegger de Luce Irigaray et L'ombre de l'amour : le concept d'amour chez Heidegger de Giorgio Agamben et Valeria Piazza.

Les titres de ces livres ont favorisé mon choix car je les trouve à la fois intrigants et poétiques. Selon moi, l'obscurité dans laquelle se cache une partie de la vérité de l'Être peut se traduire par des mots comme oubli et ombre. De même, les mots air et amour évoquent des choses invisibles dont l'Être de vérité a besoin pour vivre et bien vivre.

Parenthèse : (Dans sa Lettre sur l'humanisme, Heidegger dit : « La pensée est attentive à ces relations simples. » Il fait référence à des relations simples bien spécifiques. Pourtant, cette même affirmation, dite si simplement, peut représenter, à mon avis, toutes relations simples.)

J'apprécie particulièrement la grande nuance que Heidegger ose faire entre sa pensée : « précisément nous sommes sur un plan où il y a principalement l'Être »; et celle de Sartre : « précisément nous sommes sur un plan où il y a seulement des hommes ». Si l'Être, par sa définition, inclut tout ce qui possède l'existence, la vie, l'humain est une partie, mais pas le tout, de l'Être. « Principalement » veut dire par-dessus tout. Ainsi, si l'Être passe avant tout, au-dessus de tout sur le plan, il n'est donc pas le tout. Cette pensée, tout en étant ouverte aux humains comme êtres vivants, comme partie de l'Être, ne se limite pas à eux « seulement », sans rien de plus, comme agit la pensée de Sartre, laquelle, en plus, limite les hommes à des hommes.

Cependant, Heidegger questionne : « Mais d'où vient le plan et qu'est-ce que le plan ? », et il constate : « L'Être et le plan se confondent ». Selon moi, ce plan se situe dans un lieu invisible, où règne le temps du silence et de la solitude. Un lieu où agit « l'engagement par et pour la vérité de l'Être » qui est, selon Heidegger, la pensée. Ainsi, le plan dont il parle serait à la hauteur de l'humain, de la possibilité de sa pensée, de sa pensée possible.

Ou bien, est-ce aussi un espace infini où circulent dans le meilleur, plus poétiquement, l'air et l'amour dans l'Être et dans le tout ?

© Lucie Delarosbil, 2021

Publié dans Journal, Lecture

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