11 avril 2005

Publié le par Lucie Delarosbil

Voilà une semaine que je n'ai pas écrit dans ce journal. Souvent je l'ouvre, je relis le dernier jour et je ne sais plus comment dire. Par ailleurs, tout cela ne m'a pas empêché de songer au vent et au domaine de Guillevic, ainsi qu'à la recréation que je veux poursuivre. Pourrai-je continuer ? Là, je m'efforce, j'essaie de laisser couler mes pensées. Il y a tant à dire de ces petits poèmes si grands. Tant de contenu dans de si minimes contenants. Tant de densité. Tant de vérité.

Comment dire ? C'est ce qui me tracasse.

L'inspiration ne me vient plus. Je ne peux plus rien contrôler là-dessus. Cela m'irrite, et je ne veux pas m'impatienter. Alors je referme le journal, je me lance dans la lecture et je me tiens loin de l'écriture. 

***

Ce soir, je ne suis pas allée à l'université. Trop démotivée ! Presque déçue. À cause des événements incontrôlables (décès, surmenage, grève) qui m'ont fait perdre du temps, des ateliers et de l'énergie. Pourtant, je veux continuer ce que j'ai à fournir comme travail final. Pourrai-je tout faire dans le temps requis ? Si oui, je sais que je ne pourrai pas donner tout ce que j'aurais voulu, tout ce que j'ai lu depuis le début. Tout ce que j'ai pensé et négligé d'écrire. 

Suis-je juste envers moi-même en disant « négligé d'écrire » ?

***

Vendredi dernier, je me suis enfin décidée de lire la section « L'oeuvre et l'espace de la mort » dans l'essai L'espace littéraire de Maurice Blanchot. J'aime lire ce texte. J'aime lire ce livre depuis le début. En fait, je souhaiterais pouvoir exprimer tout ce que ce livre me fait ressentir en-dedans, et je n'arrive qu'à dire : il m'ouvre. M'ouvre à quoi ? M'ouvre sur quoi ? Je ne sais pas encore, mais je sais qu'il ne produit aucune fermeture chez moi, aucune neutralité. Plutôt un élan nouveau, un nouvel éclairage sur des thèmes qui m'intéressent, lequel se montre tellement riche et intense que je ne distingue pas encore clairement toutes les nuances.

En effet, j'ai envie de le lire et le relire. Je n'ai pas compté combien de fois je parcours la même phrase, le même paragraphe, combien de temps je consacre pour intégrer cette lecture dans mon vécu, pour m'approprier la connaissance intérieure des Kafka, Rilke, Hölderlin, etc. De la solitude et de la mort : ces phénomènes tabous de la vie que la majorité des gens fuient parce qu'ils sont trop angoissés pour y faire face ou trop indifférents pour réfléchir.

***

Depuis le début du trimestre, mon dosage de lectures se rapporte à l'Être et à la vie. La mort n'en est pas pour autant exclue puisqu'elle chemine sur le parcours de la vie. Et pourquoi pas dire que la vie parcourt le chemin de la mort ?

En janvier, par sa Lettre sur l'humanisme, Heidegger a provoqué chez moi une bonne réflexion sur la vérité de l'Être, laquelle s'approfondit au fur et à mesure de mes lectures sur l'écriture et la poésie.

© Lucie Delarosbil, 2021

Publié dans Journal, Lecture

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article